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Que dit l'Eglise Catholique des religions non chrétiennes ?

 

 

A première vue, on peut dire que l’Eglise Catholique ne dit rien de l’Islam. Et pourtant, on a l’impression qu’elle en a parlé dans des textes du Concile. Alors qu’en est-il ? Les textes en question sont Nostra Aetate (Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes), et aussi un passage de Lumen Gentium (Constitution dogmatique sur l’Eglise). 

 

I - NOSTRA AETATE

Tout d’abord une précision sur cette déclaration, qui date d’octobre 1965 et qui a une longue histoire. Lorsque Nostra Aetate a été écrite, il s’agissait essentiellement de savoir comment on allait traiter la question du peuple juif. Et, après bien des discussions, des palabres entre les Pères, il a été décidé de parler des juifs en parlant plus généralement des religions non chrétiennes.

Donc NOSTRA AETATE -texte assez court : 5 numéros- fait d’abord une présentation un peu générale, disant quelles sont les perspectives de cette déclaration.

Préambule :

« … l’Église examine plus attentivement quelles sont ses relations avec les religions non chrétiennes. Dans sa tâche de promouvoir l’unité et la charité entre les hommes, et aussi entre les peuples, elle examine ici d’abord ce que les hommes ont en commun et qui les pousse à vivre ensemble leur destinée ».

C’est une formulation très large. Elle examine ce que les hommes ont en commun, mais on ne dit pas à partir de quoi est fait cet examen : à partir de la nature humaine ? à partir de la réalité sociologique ?

Dans le n° 2, alinéa 2, la déclaration dit :

« L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie », dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses. Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socioculturelles qui se trouvent en eux. »

Il est question là des diverses religions non chrétiennes. Et elle commence par parler de deux religions, qu’elle nomme, et qui sont l’hindouisme et le bouddhisme. (Les mots d’hindouisme et bouddhisme sont expressément cités dans le texte). Et elle dit la manière dont l’Eglise regarde ces religions.

Elle fait un constat. D’aucune manière, il n’y a la volonté de faire un exposé systématique de différentes doctrines pour les critiquer. Nous avons là l’une des caractéristiques du Concile qui a voulu ne rien condamner. Aucune idée, doctrine, pensée, n’est condamnée dans le Concile. Le Concile ne s’est donc pas proposé de désigner les erreurs d’ordre doctrinal. Il a essayé plutôt, d’une part, d’exposer positivement ce qu’est la foi catholique et, d’autre part, dans son souci de rencontre avec les autres hommes, croyants ou incroyants, d’essayer de voir chez les autres ce qu’il y avait de positif.

Quand elle parle de l’hindouisme, la Constitution dit :

« … les hommes scrutent le mystère divin et l’expriment par la fécondité inépuisable des mythes et par les efforts pénétrants de la philosophie ; ils cherchent la libération des angoisses de notre condition, soit par les formes de la vie ascétique, soit par la méditation profonde, soit par le refuge en Dieu avec amour et confiance. »

C’est simplement un constat de ce que vivent les hindouistes. Il n’y a aucun jugement ni positif, ni négatif, mais simplement un état de fait.

Il en est de même pour le bouddhisme :

« … selon ses formes variées, l’insuffisance radicale de ce monde changeant est reconnue et on enseigne une voie par laquelle les hommes, avec un cœur dévot et confiant, pourront acquérir l’état de libération parfaite, soit atteindre l’illumination suprême par leurs propres efforts ou par un secours venu d’en haut. De même aussi, les autres religions qu’on trouve de par le monde s’efforcent d’aller, de façons diverses, au-devant de l’inquiétude du cœur humain en proposant des voies, c’est-à-dire des doctrines, des règles de vie et des rites sacrés. »

C’est un constat. On ne dit rien ni de positif, ni de négatif.

On arrive ensuite au n° 3 qui, dans la traduction française, est sous-titrée : « La religion musulmane ». Mais ce sous-titre ne fait pas partie du texte latin original, qui fait foi. Le Concile dit donc :

« L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre [5], qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne.

Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. »

L’Église regarde aussi avec estime les musulmans : il n’est pas question de l’islam, il est question des personnes qui adhèrent, à leur manière chacune, à la pratique, à « la foi », à la croyance musulmane. Donc il n’y a absolument aucune affirmation concernant l’islam comme religion, il s’agit simplement des musulmans, des personnes.

La traduction française dit ensuite : qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre [5], qui a parlé aux hommes. Et il y a une note n° 5 dans le texte qui renvoie à une citation de saint Grégoire VII, dans sa lettre 21 à Anzir (Nacir), roi des Maures. Il est important de se reporter à la citation qui dit : « Vous et nous qui, bien que ce soit sous une forme différente, adorons un Dieu unique, … » (qui unum Deum, licet diverso modo, credimus et confitemur…). Il n’est pas dit le Dieu unique, mais un Dieu unique.

Le texte du Concile dit : qui unicum Deum adorant (qui adorent un SEUL DIEU ou un DIEU UNIQUE). En latin il n’y a pas d’article défini, mais le texte français le plus courant nous dit « qui adorent le Dieu unique ». Cependant, si l’on s’appuie sur le texte latin, il est dit simplement qui adorent UN Dieu unique. Donc le Concile n’affirme pas qu’il s’agit du Dieu qu’adorent les chrétiens.

Bien sûr, l’affirmation que nous avons le même Dieu n’est pas fausse en ce sens que s’il n’y a qu’un Dieu, cela ne peut qu’être le même, et c’est le même pour les juifs, pour les bouddhistes, pour les hindouistes, et pour les athées… il n’y a qu’un seul Dieu pour tous les hommes, qu’ils croient ou ne croient pas. Du côté de Dieu, il n’y en a qu’un, évidemment. De notre côté, il y a différentes « perceptions » de Dieu, et c’est ce à quoi fait référence cette citation « sous des formes diverses », mention qui n’existe pas dans le texte du Concile, mais dans le texte auquel le Concile fait référence.

Et la suite du texte du Concile dit : « Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu » (c’est simplement une constatation), « même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu, Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers » (on verra tout à l’heure dans Lumen Gentium de quoi il s’agit avec la foi d’Abraham). Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme un prophète (le Concile constate que les musulmans disent cela. L’Eglise ne dit pas qu’ils ont raison et que le Jésus dont on parle dans le Coran est le Jésus des Evangiles. Ce serait difficile à dire puisque le Coran ne le reconnaît pas comme fils de Dieu et comme Dieu !) « Ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. » Donc c’est simplement un constat.

Et ensuite il nous est dit : « Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous (chrétiens et musulmans) à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté. »

C’est une exhortation où il n’y a absolument aucun jugement sur l’islam lui-même, mais où il est question des musulmans pour essayer d’établir des relations qui aillent en faveur de la paix et de la compréhension mutuelle.

Donc, voilà pour ce qui est de Nostra Aetate.

 

II - LUMEN GENTIUM

Au n°16, la Constitution s’intéresse aux non-chrétiens et va parler des juifs et des musulmans :

« Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu : ils sont ordonnés à lui appartenir, à entrer dans cette unité. « Et, en premier lieu, ce peuple (le peuple juif) qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair, peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des Pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel. » (Ce qui est dit sur le peuple juif est développé dans le n° 4 de Nostra Aetate.)

« Mais le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. »

Il est dit « professant avoir la foi d’Abraham » ; parfois dans les traductions, ce fut le cas dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique dans sa première édition, la traduction est fautive puisqu’il est dit « qui professent la foi d’Abraham » le « avoir » a sauté. L’Eglise ne dit pas que les musulmans ont la foi d’Abraham ; elle dit qu’ils professent l’avoir ; c’est un constat. …

Voilà tout ce qu’on dit des musulmans. Il n’est pas question de l’islam comme tel, ni de dire qu’un tel système religieux, qu’une telle religion soit voulue de Dieu. Et vous remarquerez que Mohammad n’est mentionné dans aucun des deux textes. On s’intéresse simplement à ce que croient les musulmans en tant que personnes.

La Constitution parle ensuite des autres non-chrétiens :

« Et même des autres, qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là mêmes Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses, et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut. »

Ensuite il est question de la façon dont parviennent au salut ceux qui ignorent le Christ et l’Evangile.

Ce sont essentiellement ces deux textes magistériels qui parlent des musulmans, mais pas de l’Islam en tant que tel.

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Concernant le discours de Jean-Paul II aux jeunes musulmans, à Casablanca, en 1985, qui dit notamment :

« Chrétiens et musulmans, nous avons beaucoup de choses en commun, comme croyants et comme hommes. Nous vivons dans le même monde, marqué par de nombreux signes d’espérance, mais aussi par de multiples signes d’angoisse. Abraham est pour nous un même modèle de foi en Dieu, de soumission à sa volonté et de confiance en sa bonté. Nous croyons au même Dieu, le Dieu unique, le Dieu vivant, le Dieu qui crée les mondes et porte ses créatures à leur perfection. »

Il faut dire que ce texte est un discours. Ce n’est pas un texte magistériel il est à prendre dans un contexte plus large. Il n’a pas la même autorité qu’une définition magistérielle. Il ne faut donc pas lui attacher une autorité plus importante que celle qu’on attache à un discours.

Et l’on peut discuter de cette affirmation que nous avons un même modèle de foi en Dieu avec Abraham. Si l’on regarde de plus près, l’Abraham de la Bible et l’Abraham du Coran, ce n’est pas tout à fait la même chose. Que veut dire Jean-Paul II exactement ? Il semble d’ailleurs qu’il se soit contredit lui-même parce que dans la déclaration Dominus Jesus, en 2000, il y a un passage où il fait la distinction entre foi et croyance (n° 7 § 3 et 4) :

« On doit donc tenir fermement la distinction entre la foi théologale et la croyance dans les autres religions. Alors que la foi est l'accueil dans la grâce de la vérité révélée, qui "permet de pénétrer le mystère, dont elle favorise une compréhension cohérente", la croyance dans les autres religions est cet ensemble d'expériences et de réflexions, trésors humains de sagesse et de religiosité, que l'homme dans sa recherche de la vérité a pensé et vécu, pour ses relations avec le Divin et l'Absolu.

Cette distinction n'est pas toujours présente dans la réflexion actuelle, ce qui provoque souvent l'identification entre la foi théologale, qui est l'accueil de la vérité révélée par le Dieu Un et Trine, et la croyance dans les autres religions, qui est une expérience religieuse encore à la recherche de la vérité absolue, et encore privée de l'assentiment à Dieu qui se révèle. C'est là l'un des motifs qui tendent à réduire, voire même à annuler, les différences entre le christianisme et les autres religions”.

Et il dit bien que la foi au sens théologal du mot ne peut concerner que les chrétiens. Pour les musulmans il ne s’agit pas de foi, au sens théologal, mais de croyance. Ce n’est donc pas tout à fait la même chose.

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Conclusion

A la lumière de ces textes du Concile, on peut résumer la position de l’Eglise ainsi :

1 - L’Eglise ne parle pas de l’Islam, mais des personnes qui adhèrent à cette doctrine.

2 - Le Concile n’affirme pas non plus que le Dieu des musulmans est celui qu’adorent les chrétiens, qui est UN et TRINE.

3 - Concernant la foi d’Abraham, le Concile dit que les musulmans professent avoir la foi d’Abraham et non pas qu’ils ont la foi d’Abraham. Là encore c’est un constat. C’est ce qu’ils disent.

Dans ces textes, il n’est pas question de l’islam comme tel ; il n’est pas question de dire que c’est un système religieux voulu par Dieu. On constate simplement ce que croient les musulmans en tant que personnes.

ELEUTHEROS pour le Droit d’Être Chrétien

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